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Valar Qringaomis

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Thursday, December 12, 2013

Le Paradis est ouvert à tous

Je crois que nous aurions mis un an ou deux à faire une conversation d’une heure si nous n’avions pas rencontré Brigitte Bardot.

Grande animation rue Bleue. La circulation est arrêtée. La rue bloquée. On tourne un film.

Tout ce qui a un sexe rue Bleue, rue Papillon et Faubourg-Poissonnière, est en alerte. Les femmes veulent vérifier si elle est aussi bien qu’on le dit ; les hommes ne pensent plus, ils ont le discursif qui s’est coincé dans la fermeture de la braguette. Brigitte Bardot est là ! Eh, la vraie Brigitte Bardot !

Moi, je me suis mis à la fenêtre. Je la regarde et elle me fait penser à la chatte des voisins du quatrième, une jolie petite chatte qui adore s’étirer au soleil sur le balcon, et qui semble ne vivre, ne respirer, ne cligner des yeux que pour provoquer l’admiration. En avisant mieux, je découvre aussi qu’elle ressemble vraiment aux putes de la rue de Paradis, sans réaliser qu’en fait, ce sont les putes de la rue de Paradis qui se déguisent en Brigitte Bardot pour attirer le client...

Elle s’est approchée, chancelante sur ses hauts talons. Je lui ai tendu son sac, qu’elle a serré, ravie, contre sa poitrine opulente qui savait si bien gémir.

— Merci, mon petit. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Tu veux que je t’offre une passe ?

Elle était vieille. Elle avait bien trente ans. Mais, monsieur Ibrahim me l’avait toujours dit, il ne faut pas vexer une femme.

— O.K.

Et nous sommes montés. La propriétaire de mon ours avait l’air outrée que sa collègue m’ait volé à elle. Lorsque nous sommes passés devant elle, elle me glissa à l’oreille :

— Viens demain. Moi aussi, je te le ferai gratuit.

Je n’ai pas attendu le lendemain…

Monsieur Ibrahim et les putes me rendaient la vie avec mon père encore plus difficile. Je m’étais mis à faire un truc épouvantable et vertigineux : des comparaisons. J’avais toujours froid lorsque j’étais auprès de mon père. Avec monsieur Ibrahim et les putes, il faisait plus chaud, plus clair...

— Momo, c’est très bien d’aller chez des professionnelles. Les premières fois, il faut toujours aller chez des professionnelles, des femmes qui connaissent bien le métier. Après, quand tu y mettras des complications, des sentiments, tu pourras te contenter d’amateurs.

Je me sentais mieux.

— Vous y allez, vous, parfois, rue de Paradis ?

— Le Paradis est ouvert à tous.

— Oh, vous charriez, monsieur Ibrahim, vous n’allez pas me dire que vous y allez encore, à votre âge !

— Pourquoi ? C’est réservé aux mineurs ?

Là, j’ai senti que j’avais dit une connerie


--- Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran / Éric-Emmanuel Schmitt
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